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Couleur, noir & blanc, lisibilité, codage, motivation,...

Comment utiliser la couleur dans des documents papier ou web ?

Est-ce que la couleur est un indicateur de mise en relief des informations pertinent par rapport au noir & blanc ?

La consultation d’un document, papier ou électronique, est influencée par les dispositifs de présentation choisis. Ces dispositifs de présentation participent à la construction du sens du document, en influençant la construction de la représentation mentale de ce qui est « dit par le document ».

Ces dispositifs de présentation peuvent être graphiques ou temporels et sont communément appelés des organisateurs « para-linguistiques » par opposition à des équivalents purement textuels. La couleur est un organisateur para-linguistique et permet de structurer l’information présentée. Plusieurs questions sont sous-jacentes à l’utilisation de cet organisateur :
- Quand est-il pertinent d’utiliser la couleur par rapport au noir & blanc ?
- Est ce que l’utilisation de la couleur améliore les performances des utilisateurs ?
- Au-delà d’un effet motivationnel, est ce que la couleur a un effet informationnel ?

Les résultats D’une façon générale, les études qui se sont intéressées à l’utilisation de la couleur, soulignent une utilisation trop importante de ce procédé. Nous présentons dans cette partie quelques résultats expérimentaux, représentatifs selon nous de l’ensemble des recherches menées sur ce thème. Ces résultats concernent l’utilisation de la couleur dans le texte et dans les présentations graphiques.

Utilisation de la couleur dans un texte

Concernant le texte, la couleur est utilisée pour marquer des grandes divisions (chapitres,sections,…) (Wright & Lickorish, 1988). Dans ce cas, l’objectif est de repérer les parties du texte.

Pour distinguer des divisions dans un texte de plusieurs pages, l’utilisation de la couleur est bénéfique. Wright & Lickorish (1988) ont montré que l’activité de recherche d’informations est plus rapide lorsque les différentes sections d’un document sur papier sont présentées sur des feuilles de couleur différente. Toutefois, cet effet n’est constaté qu’après une utilisation répétée du document (aucun effet lors de la première utilisation). Par contre, cette facilitation n’a pas été constatée sur écran, au contraire on observe une perturbation qui entraîne la détérioration des résultats. L’utilisation de couleurs différentes pour distinguer des informations principales des informations secondaires sur écran provoque la confusion. Les sujets commentent en disant qu’il y a trop de variation dans les couleurs du texte (Wright & Lickorish, 1988).

Utilisation de la couleur dans un graphique synoptique

Concernant les présentations graphiques, l’étude de la couleur a consisté à comparer les effets de présentations graphiques en couleur par rapport à des présentations graphiques en noir et blanc. L’utilisation de la couleur peut avoir deux effets : un effet sur la compréhension des informations et un effet motivationnel.

Tout d’abord un effet positif : la couleur peut faciliter la compréhension de l’information comme dans l’étude de Wright (1977) où l’utilisation de la couleur a facilité la lecture d’un plan de métro en rendant la visualisation des différentes lignes de trains plus évidente et par conséquent l’ensemble des informations du plan plus facilement compréhensible.

Dans la majorité des cas, le principal effet de la couleur est plus souvent motivationnel qu’informationnel.

La couleur peut encourager les lecteurs à regarder l’information sans pour autant que cela les aide à en comprendre le contenu. De nombreuses recherches ont en effet montré que la couleur augmente le niveau d’attention des sujets (Tullis, 1981), de même les sujets préfèrent les présentations graphiques en couleur à celles qui sont en noir et blanc. Par contre, l’utilisation de la couleur n’améliore pas nécessairement la compréhension de la présentation graphique, ni la performance des sujets dans la réalisation de la tâche (Tullis, 1981).

Dans une série de trois études, Christ (1975, 1977, 1983) a conclu que l’effet de la couleur variait en fonction de la tâche et du dispositif utilisé, mais que d’une façon générale la couleur n’améliorait pas les performances des utilisateurs.

Si l’utilisation de la couleur dans les présentations graphiques permet de rendre saillants certains éléments, cela ne constitue pas un avantage cognitif par rapport aux présentations graphiques en noir & blanc (Condover & Kraft, 1954). Concernant la distinction d’éléments graphiques, Schutz (1961) a montré que ses sujets discriminaient aussi bien les éléments graphiques de dispositif en noir & blanc que ceux en couleurs.

Recommandations

Les recommandations citées ci-après s’appliquent à l’utilisation de la couleur sur support papier et électronique. Dans le cas contraire, nous précisons dans la recommandation les conditions de son application.

Les recommandations que nous présentons sont regroupées en deux parties, tout d’abord celles qui concernent le niveau physiologique, puis celles qui concernent le niveau cognitif. Dans le premier cas, il s’agit de l’influence de l’utilisation de certaines couleurs sur les aspects perceptifs, et dans le deuxième cas, il s’agit des effets de la couleur sur le traitement des informations.

D’une façon générale, la majorité des résultats expérimentaux montre que l’utilisation de la couleur apporte peu au niveau traitement de l’information par rapport au noir & blanc, si ce n’est un effet motivationnel dans la consultation des informations décrites.

En conséquence, les recommandations que nous donnons ont pour objectif, à défaut d’améliorer le traitement cognitif des informations, de ne pas le dégrader par une utilisation inappropriée de la couleur.

Au niveau physiologique

Eviter d’utiliser des couleurs qui sont adjacentes dans le spectre des couleurs Pour améliorer la distinction entre couleurs, il vaut mieux juxtaposer des couleurs qui sont séparées par au moins une autre couleur dans le spectre des couleurs. Par exemple, il vaut mieux juxtaposer Orange et Vert que Orange et Jaune. Ces deux dernières étant trop proches perceptivement.

Les couleurs adjacentes doivent avoir une brillance / luminosité différente Notre système visuel a des difficultés pour distinguer une frontière entre deux couleurs lorsque celles-ci ont la même luminosité / brillance.

- Eviter d’utiliser le rouge et le bleu dans des zones adjacentes Notre système visuel a des difficultés pour faire la mise au point en même temps, sur deux couleurs dont les longueurs d’ondes sont très différentes. C’est pourquoi le rouge (longueur d’onde qui est longue ) et le bleu (longueur d’onde qui est courte) semblent scintiller lorsqu’ils sont juxtaposés.

- Eviter d’utiliser le rouge et le vert pour définir des limites (frontières) entre objets 8 % de la population male a des troubles visuels concernant la distinction de ces deux couleurs. Pour la distinction de détails, ne pas utiliser la couleur mais les différences d’intensité lumineuse en noir / gris / blanc.

- Le contraste maximum est obtenu avec des caractères noirs sur un fond blanc. Si l’utilisation de couleur n’est pas nécessaire, c’est cette combinaison qui donne les meilleurs résultats de lisibilité (Brockmann, 1991 ; Kaufmann & McFadden, 1989).

- Eviter d’utiliser le bleu si les informations décrites doivent être photocopiées. La plupart des photocopieuses noir & blanc reproduisent la couleur bleu avec une très mauvaise qualité.

Au niveau cognitif

- Utiliser des couleurs différentes pour distinguer les différentes parties d’un texte. Cette recommandation est valable uniquement sur papier. Sur écran, l’utilisation de couleurs pour distinguer les différentes parties d’un texte perturbe les lecteurs.

- Ne pas utiliser trop de couleurs différentes, si l’écran est déjà beaucoup chargé en information (Cail, 1986). Il vaut mieux utiliser un nombre réduit de couleurs, faciles à distinguer. 5 couleurs différentes est la limite supérieure à ne pas dépasser (Travis, 1991).

- Ne pas utiliser les couleurs d’une façon qui soit en contradiction avec leurs conventions d’utilisation. Le choix des couleurs doit être en accord avec leur signification commune (par exemple, rouge / danger, jaune / attention, vert / normal) (Williges & Williges, 1984).

- Conserver les mêmes couleurs pour les mêmes types d’information sur l’ensemble du document (Murch, 1987).

- Utiliser les couleurs lumineuses et saturées pour des informations critiques requérant une attention immédiate. Utiliser des couleurs identiques pour grouper des éléments et des couleurs différentes pour distinguer des éléments fonctionnellement différents.

Anne Pellegrin


Références bibliographiques Brockmann, R.J. (1991). The unbearable distraction of color. Proc. Of IEEE Transactions on Professional Communication, Vol. 34, n°3, p. 153-159. Cail, F. (1986). Présentation de l’information sur écran de visualisation : revue bibliographique. Cahiers de notes documentaires, n°123, 2 e trimestre 1986, p. 382-390. Christ, R.E. (1975). Review and analysis of color coding research for visual displays. Human Factors, 17, 542-570. Christ, R.E. (1977). Four years of color research for visual displays. Proceedings of the Human Factors Society 21 st Annual Meeting. Santa Monica, CA : Human Factors Society Christ, R.E. (1983). The effects of extended practice on the evaluation of visual displays codes. Human Factors, 25, 71-84. Condover, D.W. & Kraft, C.L. (1954). The use of color in coding displays. Wright- Patterson Air Force Base, Ohio : Wright Air Development Center. Kaufmann, R. & McFadden, S.M. (1989). The use of colour on electronic displays. Proc of the Human Factors Association of Canada 22 nd Annual conference, Toronto, p.21-30. Murch, G.M. (1987). Colour graphics - blessing or ballyhoo ? Chap 7 : The visual Channel in Readings. Human-Computer Interaction - A multidisciplinary Approach, 1987, p 333-341, R.M. Baeker, W.A.S. Boxton (Eds). Schutz, H.G. (1961). An evaluation of methods for presentation of graphic multiple trends - Experiment III. Human Factors, 31, 108-119. Travis, D. (1991). Effective color displays : Theory and practice. New York : Academic Press. Tullis, T.S. (1981). An evaluation of alphanumeric, graphic, and color information displays. Human Factors, 23, 541-550. Williges, B.H. & Williges, R.C. (1984). Dialogue design considerations for interactive computer systems. Human Factors Review, p. 167-208, The Human Factors society (Ed.) Santa Monica, CA.

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